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La gastrosophie : « je mange donc je suis »

On peut définir la gastrosophie étymologiquement, comme l’amour du ventre en s’inspirant de gastro (ventre ou estomac) et de sophia (amour). De manière plus simple, il s’agit d’une philosophie qui vise à donner au corps et aux plaisirs de la table, de la chair et du vin, leur lettre de noblesse. C’est la philosophie du savoir manger pour bien-vivre, mieux être.

 

 

Il peut paraître curieux que la philosophie jadis condamner de n’accorder de l’importance qu’aux concepts, de vivre dans les nuées au détriment de la vraie vie, s’intéresse aujourd’hui à ce que l’homme mange et peut manger. Et pourtant, c’est bien ce que Michel Onfray a fait dans le numéro 50 de Philosophie Magazine (juin 2011), intitulé « Je suis ce que je mange ». Dans les Confessions d’un gastrosophe qu’il fait dans ce magazine,  Onfray explique cette Raison Gourmande (Onfray, Grasset, 1995) qui importante pour le bien-être de l’homme, de manger, de savoir manger.

Parce que l’homme n’est pas qu’esprit

L’homme est corps et esprit. Mais pour le bon fonctionnement de cette machine psychosomatique, il est important de manger, car manger permet de bien penser. Manger permet aussi de s’éviter les peines, les douleurs, la mort. Reprenant Epicure, Onfray estime que manger et boire, c’est se soustraire aux douleurs de la faim et de la soif, c’est aller vers l’ataraxie en y trouvant du plaisir. C’est laisser s’exprimer sa subjectivité.

 Et pas seulement ! Car manger c’est aussi s’inscrire dans une histoire, dans l’Histoire.  C’est par l’acte de manger que l’homme échappe à la nature pour s’inscrire dans la culture à travers l’acte de cuisiner. Savoir choisir son repas, les épices, partager sa cuisine avec les autres, c’est aussi partager sa culture. Dans la cuisine, il n’y a pas que le bien-être d’un seul, mais le bien-être de plusieurs et de tous, que permet de comprendre l’expression « convivialité ». On peut craindre la perte de cette expérience culturelle qu’offre la cuisine par le développement des fast-foods et l’ultralibéralisme de l’industrie agro-alimentaire sans saveur, d’où l’importance de savoir choisir ses repas et de maintenir ce lien à la culture (culinaire).

L’éloge de la Nouvelle cuisine

Pour Onfray, cette Nouvelle cuisine recommande de ne plus laisser trop cuire les légumes ou les poissons par exemple. Il faut garder la saveur ainsi que toutes les vertus des aliments. Cependant, il ne faut pas se priver d’une chose sous le prétexte qu’elle serait mauvaise pour la santé. Le ratio, le juste équilibre, car ce n’est pas dans l’excès ou dans le manque que l’on trouve le plaisir, mais dans l’équilibre. Se priver de viande pour lui, n’est pas une mauvaise chose. Il défend le végétarisme, mais pense que trouver du plaisir à table avec ses convives ou auprès de ses hôtes, c’est aussi savoir manger un peu de ce que les autres mangent.  Il faut donc sortir de l’idéal ascétique qui nous condamne à un régime de privation du corps au profit de l’esprit, afin de retrouver avec Michel Onfray, Le Ventre des philosophes (Onfray, 1989).  Car, « Toute cuisine révèle un corps, en même temps qu’un style, sinon un monde » (Onfray, 1989)

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